Post-partum: pourquoi on ne m’avait rien dit ?

Pourquoi on ne m’avait rien dit ?

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu devenir maman. Étant la grande de la famille, j’adorais m’occuper de mes petits cousins lorsqu’ils étaient bébés. J’allais être maman un jour c’était sûr. Et pourtant le devenir a été un bouleversement pour moi. Pourquoi personne ne m’avait prévenu que ce serait si dur ?

Une douleur dans mon corps

J’ai souffert, souffert physiquement. Après une grossesse sans encombre, mon accouchement a été catastrophique. Et telle une autruche, je ne m’y étais pas préparée. Je n’avais même pas envisagé cette éventualité. Un déclenchement pour manque de liquide amniotique à 41sa, un bébé très rapidement en souffrance fœtale et une césarienne d’urgence à peine 10h après le début du déclenchement. J’ai tout encaissé, je me suis laissée porter sans me plaindre, sans me battre. Les nouvelles tombaient de mal en pis. La faute à pas de chance. J’ai mis du temps à réaliser que je me suis sentie nulle à ce moment là avec l’impression que mon corps m’avait abandonné. Puis cette douleur pendant un mois, cette incapacité à marcher, à me déplacer. Ajoutez à cela une incontinence honteuse. Pas l’incontinence urinaire. Non, celle dont on ne parle pas, l’incontinence anale. N’ayant pas accouché en France, je n’ai pas eu droit au même suivi post partum qu’ici. J’ai dû me débrouiller seule pour ma rééducation du périnée. Je me suis sentie handicapée, trahie par mon propre corps.

Pourquoi a-t-il autant besoin de moi ?

Et ce petit bébé accroché à mon sein, blotti dans mes bras qui ne supporte pas que je le pose. Comment je fais pour manger ? Comment je fais pour prendre ma douche, aller aux toilettes ? Je suis épuisée, je veux dormir et lui, il veut que je m’occupe de lui. Il ne veut pas que son papa s’occupe de lui. C’est moi et encore moi qu’il veut. Encore une fois, je fais l’autruche, j’encaisse, je ne me plains pas.

L’allaitement, ma bouée de secours

Je l’allaite parce qu’un bébé ça s’allaite. Je ne me pose même pas la question. J’ai vu ma mère allaiter mes petits frères. D’ailleurs je ne me souviens que de ça alors qu’elle ne nous a pas allaité longtemps (enfin si, pour la fin des années 80 et le début des années 90, elle a allaité longtemps). Au moins ça, ça fonctionne. Mon corps ne me fait pas défaut. Je n’ai pas été capable d’accoucher mais ça j’y arrive. C’est pourquoi je ne lâcherai rien pendant quasiment 2 ans et demi jusqu’à l’aversion.

Des pensées violentes

Mon petit nouveau-né si fragile, cette petite crevette de même pas 3 kilos dans les bras, je souris, je dis que tout va bien. Mais pourquoi dès que je suis seule avec mon bébé, je me vois le cogner contre le mur ? Je me vois le passer par la fenêtre. J’ai peur de regarder les ciseaux posés dans la cuisine. J’ai honte de mes pensées alors je n’en parle pas. Je me tourne vers des groupes Facebook, je lis des articles. Heureusement je lis que je ne suis pas seule dans ce cas là. Que c’est finalement assez banal. Mais je n’en parle pas, je le garde pour moi.

Et tout recommence deux ans plus tard. Je ne supporte plus de l’avoir au sein. Si je pouvais le pousser, l’arracher à mon sein. Mes mains qui aiment tant le câliner, j’ai envie de m’en servir pour le taper, pour l’éloigner de moi. Notre allaitement prend fin, ma bouée de secours n’est plus.

Et mon couple dans tout ça ?

C’est dur. Mon conjoint a repris le travail. J’ai l’impression qu’on ne se voit plus réellement. Quand on est ensemble, je passe mon temps à essayer de coucher bébé. On ne se parle plus vraiment. Et puis on déménage, on revient en France après 6 ans d’expatriation, dans une ville où on ne connaît personne, où je n’ai pas de travail. Notre couple en a pris un sacré coup. On est devenu des parents et on oublie d’être des amoureux. La fin de l’allaitement n’aide pas. J’ai une rancœur qu’il ne m’ait pas soutenu pour continuer à allaiter malgré l’aversion. Une rancœur qui me fait penser que je ne l’aime plus, que c’en est fini de nous. Il nous faut une énorme crise pour enfin se retrouver.

La crise sanitaire passe par là

Je ne pensais pas le dire mais dans le fond je remercie la crise sanitaire. Le premier confinement nous permet de passer 2 supers mois tous les trois ensemble. C’était les vacances dont nous avions tant besoin. Ce moment hors du temps.

Et tout recommencer

Trois ans plus tard, quand tout va mieux, que j’ai retrouvé la surface, une folie nous prend. On décide de replonger. D’avoir un deuxième enfant. Mais cette fois-ci ça sera différent. On a de l’expérience et du recul. On se prend moins la tête.

Cette fois-ci, l’accouchement se passe bien. Je me sens mieux dans mon corps, je me sens même très bien. Ce petit être a un besoin intense de moi ? C’est normal, ce n’est pas grave, ça ne va durer qu’un temps. Je le sais, j’ai appris. Ce bébé, je le mets en écharpe et je continue ma vie.

Encore une fois je remercie la crise sanitaire. Mon conjoint est en télé travail, je ne suis donc pas seule à la maison. Je ne me sens pas abandonnée.

Cette fois-ci je ne resterai pas des mois à la maison. Mère au foyer, ce n’est pas fait pour moi. J’ai trop besoin d’être en contact d’autres personnes, de me sentir utile. De toute façon, je ne peux pas, je dois retourner travailler. J’ai une entreprise à faire tourner. J’emmène ce petit être partout avec moi. Et je m’en sens forte ! Soyons honnête, ce n’est pas facile tous les jours. Ça me demande beaucoup de patience et d’accepter que les choses se fassent moins vite. Mais je me sens bien, je suis fière de moi.

Mais pourquoi on ne m’avait rien dit ?

Dans notre entourage, nos amis n’avaient pas encore eu d’enfants. Nous étions les premiers. Il ne me restait que la famille sur qui compter pour me préparer au choc de la maternité. Est-ce la distance ou la mémoire qui s’efface qui ont fait que même ma mère n’a pas su me préparer, me dire à quoi m’attendre ? Avec le recul je pense qu’elle m’en a parlé, mais pas suffisamment ou trop tard. Ou est-ce le modèle de la famille occidentale qui ne se prête pas à cette transmission si nécessaire ?

Plus que jamais, il nous faut un village

Je reste convaincue qu’il est important de partager, de parler, sans chercher à se comparer entre mères. Ce n’est pas un concours. Il n’y a pas de prix à gagner. Nos enfants nous aimeront quelques soient nos choix.

J’ai ouvert Les P’tites Marionnettes alors que j’étais encore perdue dans ma maternité, que j’avais besoin de ce village pour me construire en tant que maman. De partager avec vous tous a été une révélation. J’ai beaucoup appris de vous, des rencontres que j’ai pu faire. Les P’tites Marionnettes c’est bien plus qu’une boutique, c’est un lieu d’échange, de soutien.

J’aime plus que tout partager avec vous lors des ateliers portage, lorsque vous passez en boutique. En espérant être votre village en retour.

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